Plus rien à perdre de Sophie Parlatano

Un ami du Bookcrossing m'a fait découvrir ce recueil de poèmes écrit par Sophie Parlatano. J'aime beaucoup la poèsie mais j'en lis assez rarement, j'étais donc très heureuse de pouvoir me plonger dans ces poèmes.

 

Sur le site de l'éditeur, les Editions des Sables, on peut lire que "Sophie Parlatano sait écouter ce qui l’entoure, afin de le restituer au plus près d’elle-même, dans le silence. Elle s’interroge sur cette transmutation, elle cherche «une langue qui soit à la fois le pain et la mie», elle part à la quête des origines, du «chuchotement bleu de nos mères». Par l’écriture, elle apprend la patience, l’humilité, mais rêve de « voir des ailes dans l’encre » et de «faire corps avec le ciel»."

 

Et c'est exactement ce que j'ai ressenti en lisant ce recueil. L'auteure joue avec les mots, pour transcender le réel, le concret mais surtout pour nous mettre en face de notre rapport à la langue écrite. Ses poèmes nous transportent dans sa recherche de sens mais aussi dans le lien qui nous unit aux mots et à leurs sens.

 

Par exemple, dans la première partie intitulée "On est pétri de mots", Sophie Parlatano nous renvoie à notre essence littéraire avec ce premier poème :

On est pétri de mots:

jusqu'à l'os la morsure du verbe

le sel de dire nous brûle les lèvres

et toutes les paroles courent sur nos peaux

 

Et dire qu'une simple plume sur un papier

nous fait croire que la langue

suffit à sangler nos élans

 

J'aime comment l'auteure se joue de la ponctuation au fil des pages pour mieux nous plonger dans le fond des phrases plutôt que sur leur forme.

 

Dans la deuxième partie, "Nos ciels", l'auteure nous emmène dans un questionnement sur notre rapport à notre histoire propre, ce qui nous constitue, ce que l'on dévoile aux autres et ce que l'on cache, tapit au plus profond de nous.

Je décide de faire parler nos ciels. Le mien, le

tien, le nôtre. Laisser voir nos ciels. Tout

laisser voir ? Presque tout. Tout sauf ce que

cachent les nuages, ce qu'ils tiennent captifs

entre leurs cordons de cendre. Ne pas percer le

secret de l'ombre. Il faut, pour que s'étende

l'ampleur de nos ciels, que les yeux se ferment

et le silence advienne. Il faut toute l'encre

d'une nuit pour qu'un jour naisse. Une parole

de feu pour que grésille la cendre de nos ciels.

 

 

Les ciels auxquels elle donne vie sous nos yeux sont constitués de mots, d'histoires, de pages, d'écriture... L'auteure arrive à nous transmettre son amour des mots, avec lesquels elle joue avec agilité pour aller au-delà du présent et de ses apparences.

Mon poème préféré et qui pour moi résume bien toute la force de Sophie Parlatano :

Je n'ai plus rien à perdre

puisque tout est déjà pris

il me reste les marges nues

mes mains

pour cueillir sous les paupières mi-closes du

monde

quelques paroles

quelques gestes

avec ta complicité

il me reste l'amour de lisière

 

Une auteure à suivre et dont je recommande vivement la lecture.

 

 

 

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